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1. Qu’est-ce que la tordeuse des bourgeons de l’épinette et d’où vient-elle?
La tordeuse des bourgeons de l’épinette est un insecte natif de l’Amérique du Nord. La chenille de la tordeuse mesure de 20 à 30 millimètres de longueur et elle a un appétit vorace pour les aiguilles de conifères, surtout celles de l’épinette blanche, rouge ou noire, et celles du sapin baumier. Elle vit dans toutes les provinces canadiennes ainsi qu’aux États-Unis.

Les larves hivernent dans de petits cocons de soie d’où elles émergent au printemps à seulement 1,5 millimètre de longueur pour se nourrir du pollen des fleurs en attendant l’ouverture des bourgeons. Dès que les nouvelles pousses se déploient, les larves tissent un deuxième cocon et elles se nourrissent de pousses jusqu’à la fin de juin, lorsqu’elles deviennent de grosses chenilles. Ces tordeuses parvenues à maturité sont responsables de 85 % de la défoliation (la destruction des aiguilles). En trois à cinq ans, une infestation aura détruit la cime de l’arbre, voire l’arbre en entier.

2. Comment la tordeuse des bourgeons de l’épinette tue-t-elle un arbre?
La tordeuse des bourgeons de l’épinette se nourrit d’aiguilles et de jeunes pousses. Elle s’attaque généralement à la cime de l’arbre et elle mange les bourgeons, empêchant ainsi de nouvelles branches de se former.

L’épinette et le sapin, des cibles fréquentes de la tordeuse, croissent principalement d’une saison à l’autre par ce qu’on appelle un rameau principal central. Le rameau principal empêche les branches de pousser vers l’extérieur de manière à préserver la forme pyramidale de l’arbre. Si ce rameau principal est endommagé, la santé de l’arbre en souffrira.

Quand les bourgeons responsables de la nouvelle croissance sont détruits, la branche cesse de se développer et devient un chicot. Après trois ou quatre ans de défoliation, un arbre perd sa vitalité. Après cinq ou sept ans, c’est l’arbre en entier qui meurt.

3. Quand l’épidémie actuelle au Québec a-t-elle commencé?
L’épidémie actuelle a commencé lentement en 1992, mais les chercheurs ont remarqué une augmentation fulgurante de la population de tordeuses en 2006. Depuis, quelque quatre millions d’hectares de forêt au Québec ont été affectés – un territoire grand comme la Suisse.

4. Quelles sont les causes de cette épidémie?
Selon Ressources naturelles Canada, la présence de vastes forêts d’arbres-hôtes est le principal facteur favorisant l’apparition d’infestations de grande envergure, surtout parce que ces milieux permettent la survie des petites larves et la maturation des papillons qui se reproduisent et migrent vers de nouveaux secteurs.

Il existe deux écoles de pensée concernant ce qui cause une épidémie. La première, c’est que les populations de tordeuses augmentent d’abord dans les secteurs où les ennemis naturels sont incapables de freiner l’accroissement de la densité locale. Dans ces conditions, leur taux de reproduction augmente et la migration des papillons peut accroître les populations locales, entraînant une progression des populations de tordeuses des bourgeons de l’épinette sur un très vaste territoire.

Selon d’autres recherches, les épidémies ne sont pas déclenchées par des phénomènes particuliers et elles n’apparaissent pas à des endroits précis. En fait, les populations de tordeuses fluctuent naturellement et de façon constante. Les épidémies sont simplement des fluctuations cycliques. Quelles qu’en soient les causes, les épidémies récurrentes et répandues de tordeuses des bourgeons de l’épinette représentent des menaces plus graves pour la forêt boréale que les autres insectes, le feu ou les maladies.

5. La tordeuse des bourgeons de l’épinette est-elle limitée au Québec?
Non. On la trouve dans toutes les provinces canadiennes ainsi qu’aux États-Unis. Des données semblent aussi indiquer que l’épidémie actuelle est en train de se répandre vers l’est jusqu’au Nouveau-Brunswick et à la Nouvelle-Écosse.

6. Comment cette épidémie se compare-t-elle aux autres que nous avons subies?
Les trois dernières épidémies majeures, en 1910, 1940 et 1970, ont affecté des territoires de plus en plus étendus. À ce moment-ci, l’épidémie actuelle est moins répandue que celle qui l’a précédée. La dernière épidémie d’importance, qui a duré de 1970 à 1987, a affecté 58 millions d’hectares de forêt boréale. L’épidémie actuelle, qui a commencé en 1992, a vu son rythme de propagation s’accélérer en 2006, surtout dans les régions de la Côte-Nord et du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Entre 2006 et 2014, la superficie infestée est passée de 50 000 hectares à plus de quatre millions d’hectares. Depuis trois ans, la zone atteinte a augmenté de près de 62 %, et 45 % de celle-ci se situe dans la catégorie de défoliation grave, c’est-à-dire que la majorité des arbres ont perdu leur feuillage sur toute la longueur de la cime.

7. Les arbres tués par la tordeuse des bourgeons de l’épinette peuvent-ils encore servir?
Oui. Les arbres morts peuvent encore être récoltés et servir à fabriquer de la pâte, mais il faut une plus grande quantité de ce bois infecté pour produire une tonne de papier journal, et le processus est plus coûteux. En raison de sa mauvaise qualité, il faut soumettre la fibre qui provient des arbres infectés à un blanchiment pour éliminer les taches causées par la tordeuse et produire un papier de qualité acceptable. Donc, bien que ces arbres puissent encore servir, les exigences relatives à la transformation et à la production réduisent la compétitivité de l’usine. Et quand on tient compte d’autres coûts fixes comme les frais de main-d’œuvre et d’énergie, l’utilisation d’une fibre de mauvaise qualité peut jouer un rôle dans la viabilité à long terme d’une installation.

8. Ne pourrions-nous pas nous contenter de répandre un insecticide sur les forêts?
Oui, mais ça coûte cher et il est difficile de prédire où l’infestation se produira et de savoir quel secteur pulvériser. Depuis 1987, le seul insecticide qui peut être utilisé au Québec pour combattre la tordeuse des bourgeons de l’épinette est une bactérie naturellement présente dans l’environnement et inoffensive appelée Bacillus thuringiensis.

B.t., comme on l’appelle souvent, est un pathogène qui n’affecte que les larves des lépidoptères; la bactérie paralyse le système digestif et tue l’organisme. On a recours à cette méthode pour contrôler une variété d’autres parasites de l’agriculture comme les chrysomèles et d’autres insectes nuisibles comme les moustiques et les mouches noires.

Pour ce qui est des infestations de tordeuses des bourgeons de l’épinette dans la forêt boréale, les coûts d’application de B.t., qui étaient de 4 $ à 10 $ l’hectare pendant les années 70 et 80, ont grimpé pour dépasser 65 $ l’hectare en 2012. On réserve donc cette méthode aux peuplements de grande valeur ou à haut risque.

9. Quand cette épidémie prendra-t-elle fin?
Les épidémies se produisent généralement tous les 20 à 40 ans dans le cadre d’un cycle naturel. On s’entend généralement pour dire que les infestations prennent fin quand la quantité d’arbres endommagés ne peut plus soutenir la population de tordeuses. Ce phénomène s’accompagne souvent d’une augmentation de la mortalité des tordeuses causée par de nombreux ennemis naturels comme les oiseaux ou les araignées, mais les plus importants sont les parasitoïdes. Les différentes espèces s’attaquent à différents stades de la tordeuse (l’œuf, la chenille ou la chrysalide).

10. Que fait-on pour prévenir les infestations futures de tordeuses des bourgeons de l’épinette?
À l’heure actuelle, les travaux se concentrent sur la surveillance des populations de tordeuses des bourgeons de l’épinette et de leurs fluctuations. Grâce à un réseau de postes d’observation permanents, les chercheurs peuvent mesurer la taille des populations et prédire les tendances à court ou à moyen terme.

Depuis 2011, les chercheurs du Service canadien des forêts qui travaillent au Centre de foresterie des Laurentides étudient ces problèmes dans la région du Bas-Saint-Laurent et dans deux populations endémiques près de la ville de Québec. L’objectif de ce projet est d’observer la dynamique des populations de tordeuses pendant la phase ascendante d’une nouvelle épidémie dans le plus large intervalle de densité possible.

On a proposé de nouvelles méthodes d’intervention précoce qui ciblent les épicentres des infestations afin de prévenir la progression à grande échelle. Les chercheurs s’affairent à accroître la résistance des peuplements à la tordeuse des bourgeons de l’épinette en augmentant la diversité des essences et en réalisant des travaux d’éclaircie commerciale dans les zones encore intactes.

11. À combien se chiffre l’impact économique de cette épidémie jusqu’à maintenant?
Bien qu’il soit encore trop tôt pour mesurer l’impact économique, on estime que la dernière épidémie de tordeuse a affecté environ 58 millions d’hectares de forêt boréale et causé des pertes d’approvisionnement en bois équivalant à 20 ans de récolte pour le Québec seulement.

De plus, les pertes imputables à la dernière épidémie de tordeuse des bourgeons de l’épinette, au Québec seulement, sont évaluées à ~500 millions de m3 d’épinette et de sapin, ce qui représente une valeur commerciale estimative de 12,5 milliards de dollars.

Les insectes et les pathogènes sont de loin la plus grande menace pour les forêts de l’Amérique du Nord. Les superficies qu’ils dévastent sont presque 50 fois plus grandes que celles qui sont détruites par le feu et leur impact économique est presque 5 fois plus important11.

Pour plus d’information, visiter Ressources naturelles Canada et SOPFIM la société québécoise de protection des forêts.

 

Source de l’image : http://en.wikipedia.org/wiki/Choristoneura_fumiferana#mediaviewer/File:Choristoneura_fumiferana_larva.jpg

 

Des sources supplémentaires:

1. http://www.ontario.ca/environment-and-energy/spruce-budworm
2. http://www.cbc.ca/news/canada/montreal/quebec-spruce-budworm-link-to-climate-change-being-studied-1.2705081
3. http://www.sprucebudworm.ca/
4. http://www.nrcan.gc.ca/forests/insects-diseases/13383
5. http://www.nrcan.gc.ca/science/video/11724
6. http://www.nrcresearchpress.com/doi/pdf/10.1139/x95-150
7. http://www.entomology.umn.edu/cues/Web/202SpruceBudworm.pdf
8. http://www.cals.uidaho.edu/edcomm/pdf/bul/bul0644.pdf
9. http://www.ext.colostate.edu/pubs/insect/05556.html
10. http://izt.ciens.ucv.ve/ecologia/Archivos/ECOLOGIA_DE%20_POBLACIONES_Hasta%202004/ECOL_POBLAC_Hasta%202004_(H-N)/Logan%20y%20col%202004.pdf

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