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Seedling

Bien qu’on les utilise considérablement moins depuis quelques années, les herbicides demeurent un outil clé pour la régénération des terrains forestiers exploités. Voici pourquoi.

Après la récolte du bois, la zone est préparée pour la reforestation. Un sol riche en nutriments et un soleil abondant constituent des conditions idéales, non seulement pour la régénération des arbres, mais également pour la croissance de beaucoup d’autres espèces végétales. Les herbicides aident à empêcher que certaines espèces pionnières, telles que la calamagrostide du Canada, la framboise et le peuplier faux-tremble, prennent la place des semis nouvellement plantés, comme des espèces d’épinette et de pin.

On épand l’herbicide d’ordinaire une seule fois sur la zone, la plupart du temps au cours des cinq premières années suivant la récolte, soit avant, soit après la plantation de semis.

Pour Résolu et d’autres sociétés menant des activités de régénération, il est essentiel d’assurer la santé et la sécurité des employés et des habitants. Les questions environnementales sont au premier plan de notre approche d’une gestion durable et responsable des forêts qui nous sont confiées. Le programme d’épandage est l’un des outils nous servant à assurer le succès des initiatives de régénération, et nous l’exécutons en conformité avec les plans de gestion forestière approuvés par le gouvernement. L’épandage n’a lieu que lorsqu’il est nécessaire, et seuls les herbicides approuvés sont utilisés par des experts qualifiés et expérimentés.

Régénération naturelle ou usage d’herbicides

Étant donné que toutes les zones récoltées au Canada doivent être régénérées rapidement, la gestion des espèces pionnières est un défi constant. Il existe diverses méthodes pour le relever. À certains endroits, les arbres se régénèrent naturellement, tandis qu’à d’autres, ils repoussent avec l’aide des herbicides. À titre d’exemple, 46 % des zones récoltées en Ontario en 2013 se sont régénérées sans herbicide.

  1. Si certaines zones se régénèrent sans herbicide, n’est-ce pas la preuve qu’il est inutile?

L’objectif est une régénération conforme à une norme précise. On obtient différents niveaux de réussite dans diverses zones selon la méthode de contrôle utilisée. Et nombreuses sont les méthodes ayant été essayées : on a étendu des tapis de paillis, on a fait paître du bétail et on a même mis au point un champignon indigène comme agent de lutte biologique.[1] Mais le fait est que rien n’est plus efficace que les herbicides.

Par ailleurs, si les herbicides ne sont pas utilisés, on constate une croissance réduite de la culture, et même sa perte complète. Comme dans le potager de votre cour, si vous ne maîtrisez pas une espèce concurrente, elle pourra prendre le dessus sur votre semence. C’est arrivé dans les forêts de Nouvelle-Écosse, où l’usage des herbicides a été interdit. Une étude publiée en 2007 qui visait 101 plantations examinées à l’été 2005 concluait que la majeure partie (87 %) des plants de conifères du site était entièrement perdue et que la quasi-totalité (97 %) n’était pas conforme aux normes de régénération généralement acceptées six à huit ans après la récolte.[2]

À titre d’hypothèse simplificatrice, il n’existe pas de solutions de remplacement qui soient aussi rentables, efficaces ou fiables que les herbicides chimiques modernes pour bon nombre de scénarios de régénération forestière. En fait, si l’on soupèse les effets et les risques environnementaux des diverses techniques de préparation de sites, les herbicides peuvent être beaucoup moins dangereux que la préparation au moyen de machinerie lourde, de feu et de défrichage manuel.

  1. Pourquoi procède-t-on à l’épandage aérien des herbicides? L’épandage terrestre ne serait-il pas préférable?

Les zones où est prévue l’application d’herbicide quotidienne font quelque 200 hectares et sont habituellement très reculées. Non seulement la méthode aérienne est économique, mais elle est préférable, car les équipes d’épandage terrestre risquent de perturber une zone en régénération. Pour assurer la précision de l’épandage, on utilise des systèmes de pointe pour réduire au minimum les risques d’épandage à l’extérieur des limites du territoire visé. De plus, selon les exigences législatives, les plans d’eau à proximité des sites traités sont protégés par des zones tampons de bois sur pied, que repèrent les systèmes de guidage.

En Ontario, Résolu ne procède qu’à l’épandage aérien. Nous utilisons exclusivement des hélicoptères, qui permettent une plus grande précision que des avions, surtout dans le cas de zones restreintes.

  1. Quel est l’herbicide le plus couramment utilisé? Et quel est ces effets?

Il en existe quelques types, mais le glyphosate est l’ingrédient actif le plus courant. Les herbicides contenant du glyphosate comptent parmi les plus testés du monde. La preuve de leur innocuité est corroborée par l’une des bases de données les plus exhaustives jamais créées sur un herbicide, et portant sur la santé humaine, les résidus de culture et l’environnement.

Le glyphosate est particulièrement efficace pour le contrôle de la végétation concurrente dans les plantations de conifères, l’essence dominante commerciale récoltée dans toute la forêt boréale canadienne.

Il présente aussi un profil environnemental relativement favorable, ce qui signifie qu’il ne reste pas dans le sol, la végétation ni l’eau, qu’il ne s’accumule pas dans les animaux et que son risque d’infiltration dans les eaux souterraines est très faible. En outre, sa toxicité intrinsèque est également relativement faible pour les humains et la faune.

  1. Mais est-il réellement sans danger?

En nous fondant sur un vaste corpus de documentation et d’études scientifiques ainsi que sur l’information que nous a transmise Santé Canada, nous croyons à l’innocuité des herbicides à base de glyphosate. Leur bilan en matière de sécurité est excellent depuis plus de 50 ans, et leur usage est approuvé par Santé Canada.

Lors d’une récente réévaluation de l’utilisation des herbicides à base de glyphosate, Santé Canada a conclu que les « les produits contenant du glyphosate ne présentent pas de risque inacceptable pour la santé humaine ou l’environnement lorsqu’ils sont utilisés conformément au mode d’emploi proposé sur les étiquettes. »

Plus de 800 études ont démontré que le glyphosate ne causait ni cancer, anomalies congénitales, dommage à l’ADN, effets sur le système nerveux, effets sur le système immunitaire, perturbation endocrinienne ni problèmes de reproduction. De plus, de nombreuses études sur le terrain ont été menées à ce le sujet dans les écosystèmes forestiers du Canada. La meilleure façon de comprendre les conclusions de ces études est sans doute d’énoncer ce que le glyphosate NE fait PAS :

    • Il ne tue PAS toutes les autres plantes pour créer une plantation d’une seule essence d’arbres.
    • Il n’empoisonne PAS les oiseaux, poissons, invertébrés aquatiques, petits et grands mammifères ni amphibiens.
    • Et il ne cause PAS la réduction de populations microbiennes du sol et ne nuit pas considérablement à leur fonction.[3] En fait, certaines études recommandent même l’usage de ce produit pour créer des conditions de fourrage qui favorisent l’essor du caribou des bois plutôt que de l’orignal.[4]

 

  1. Qu’en est-il des commentaires récemment publiés par le Centre international de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé?

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a rangé le glyphosate dans la classe des dangers jugés « probablement cancérogènes pour les humains », soit dans la même classe (2A) que les rayons du soleil, l’aloès, le téléphone cellulaire, le café et le métier de barbier.

Santé Canada fait l’annonce suivante dans le cadre de sa décision de réévaluation publiée le 13 avril 2015 :

Le Centre international de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé a récemment rangé le glyphosate dans la classe des dangers jugés « probablement cancérogènes pour les humains ». Il importe de noter que le classement des dangers ne consiste pas en une évaluation des risques pour la santé. Le degré d’exposition chez l’humain, qui détermine le risque réel, n’a pas été pris en compte par le Centre international de recherche sur le cancer. Les pesticides sont homologués pour une utilisation au Canada seulement si la dose à laquelle est exposée la population canadienne ne cause aucun effet nocif, y compris le cancer.

  1. Peut-on manger des bleuets qui ont été arrosés de glyphosate?

Les documents de consultation de Santé Canada indiquent que les produits contenant du glyphosate sont peu susceptibles de nuire à la santé s’ils sont utilisés conformément au mode d’emploi proposé sur les étiquettes, et que les risques alimentaires associés aux aliments et à l’eau ne sont pas préoccupants.

La recommandation d’éviter de consommer des baies dans les secteurs identifiés après l’arrosage avec un herbicide à base de glyphosate ne reflète pas nécessairement un risque élevé, mais est plutôt invoquée comme simple précaution supplémentaire sans inconvénient important, selon Ressources naturelles Canada.[5] Les années subséquentes, on peut cueillir et manger les baies. Même sans laver les fruits, la présence de substance diminue naturellement à un rythme exponentiel d’environ 50 % de la valeur initiale après 13 jours et de 4 % de la valeur initiale après 61 jours.[6] Une étude montre qu’un an après le traitement au glyphosate, la repousse était normale et qu’il n’y avait aucun effet sur le rendement des bleuets la saison suivant le traitement. [7], [8]

Une étude récente auprès de producteurs de bleuets du Maine révèle que 76 % des producteurs sondés utilisent des herbicides tels que le glyphosate pour gérer les mauvaises herbes. En fait, une grande partie des producteurs déclarant leurs produits « sans arrosage » ou biologiques utilisaient les herbicides glyphosate et séthoxydime (dans des proportions de 30 % et de 15 %, respectivement)[9]. Cela montre que certains producteurs ne considèrent pas les herbicides comme des pesticides, étant donné qu’ils sont souvent moins toxiques pour les vertébrés et les humains que les insecticides et les fongicides.[10]

Résolu continue de suivre les travaux de recherche. Nous sommes toutefois d’avis que l’utilisation d’herbicides dans le cadre de notre stratégie de gestion durable des forêts est appropriée et fondée sur des données probantes. Il importante également de se rappeler que les régimes et la réglementation de l’Ontario en matière de gestion forestière comptent parmi les plus sévères du monde et que Résolu y souscrit et s’y conforme.

Complément d’information :

http://cfs.nrcan.gc.ca/pubwarehouse/pdfs/32344.pdf

http://www.hc-sc.gc.ca/cps-spc/pest/part/consultations/_prvd2015-01/prvd2015-01-fra.php#a4

http://www.monsanto.com/iarc-roundup/pages/default.aspx

 


 

[1] http://cfs.nrcan.gc.ca/pubwarehouse/pdfs/32344.pdf

[2] Nicholson, J. 2007. Survey of plantations established between 1998-2000 (6-8 years of age) on eastern Crown land without herbicides. Nova Scotia Department of Natural Resources, Forest Management Planning, Forest Research Report 83, 27 p. (http://novascotia.ca/natr/library/forestry/reports/REPORT83.PDF)

[3] Giesy, John P., Stuart Dobson, and Keith R. Solomon. “Ecotoxicological Risk Assessment for Roundup® Herbicide.” Reviews of Environmental Contamination and Toxicology (2000): 35-120.

[4] Mihajlovich, Milo, and Peter Blake. “An evaluation of the potential of glyphosate herbicide for woodland caribou habitat management.” Alces 40 (2004): 7-11.

[5] http://cfs.nrcan.gc.ca/pubwarehouse/pdfs/32344.pdf Page 4

[6] Roy, D. N., et al. “Uptake and persistence of the herbicide glyphosate (Vision®) in fruit of wild blueberry and red raspberry.” Canadian Journal of Forest Research 19.7 (1989): 842-847.

[7] Hodges, Laurie; Talbert, Ronald E.; and Moore, J. N., “Effects of Glyphosate on Highbush Blueberry (Vaccinium corymbosum L.)” (1979). Agronomy & Horticulture — Faculty Publications. Paper 401. http://digitalcommons.unl.edu/agronomyfacpub/401

[8] Hanson, E. J. “Response of highbush blueberries to postemergent herbicides.” IX International Vaccinium Symposium 810. 2008.

[9] Farmer Survey: Rose, A., F.A. Drummond, D.E. Yarborough, and E. Asare. 2013. Maine wild blueberry growers: A 2010 economic and sociological analysis of a traditional Downeast crop in transition. Maine Agricultural & Forest Experiment Station Miscellaneous Report 445

[10] Herbicides are less toxic: D’Appollonio, J., D. Yarborough, and F. Drummond. 2010 Maine wild blueberry pesticides chart. University of Maine Cooperative Extension. http://www.extension.umaine. edu/blueberries/files/2010/06/2010PesticideChart3-2010forWeb.pdf

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